Essai Jensen Interceptor : une histoire méconnue

Le monde de la voiture ancienne regorge de marques disparues et de modèles rares produits à quelques exemplaires. Aujourd’hui, je pars à la découverte d’une marque connue par les initiés, mais tout de même méconnue.

Une renommée acquise

Jensen, c’est l’histoire de deux frères d’origine britannique passionnés par un secteur en pleine expansion à l’époque : la carrosserie. À l’aube des années 1930, ils vont enchaîner les différentes marques (Avon, Standard Motor Company…) pour réaliser des projets toujours plus différents les uns des autres. Leur aventure chez W J Smith & Sons, va marquer un tournant dans leur carrière avec une série de nouvelles voitures qui vont, pour la première fois, porter leur nom. La consécration intervient en 1934 avec la mort de M. Smith et le rachat des parts de son entreprise par les Jensen. Une occasion en or pour renommer l’entreprise, Jensen Motors Limited est né. Cette même année, la super star hollywoodienne Clark Gable leur demande de construire une carrosserie sur base de Ford V8 (photo ci-dessous). Une réalisation très appréciée par l’acteur, qui en fera une large publicité aux Etats-Unis, amenant Ford à nouer un contrat de production de Jensen-Ford avec châssis et moteur V8 Ford et carrosserie Jensen. Jamais deux sans trois, un dernier évènement marquant a eu lieu en 1934 avec la création de la première voiture entièrement désignée par le nom Jensen, la S-type connue sous le surnom de White Lady.

Entre projets externes et internes

À partir de là, Jensen continue les différents contrats, en tant que carrossier, pour le compte de différents constructeurs (Morris, Singer, Wolseley…). La Seconde Guerre mondiale éclate et met entre parenthèses la production de voitures. À la sortie, l’entreprise continue son développement en deux axes avec d’un côté, la production ou la création de carrosserie pour d’autres constructeurs. On peut citer la très connue Volvo P1800, l’Austin-Healay 100 et la Sunbeam Tiger. De l’autre côté, les Jensen s’occupent à créer leurs propres voitures de sport, en partant d’organes mécaniques éprouvés.

En cette seconde moitié du XXe siècle, vont se succéder (la galerie est dans l’ordre), la première Jensen Interceptor, suivie de la très belle Jensen 541, puis de la C-V8, qui fut un échec en étant considérée comme laide. L’échec de ce modèle obligera les ingénieurs, à impérativement réaliser une belle voiture pour sa successeur. Ils vont alors se tourner vers la Carrozzeria Touring pour concevoir une nouvelle Interceptor dès 1966. Touring se tourna à son tour vers Vignale pour la production.

L’Interceptor, la plus désirable

Ce qui m’amène à notre voiture du jour, une très belle Interceptor III de 1973. En terme de style, c’est une très légère évolution des Mark I et II, mais on ne peut pas en dire autant pour la mécanique et l’intérieur. Ce modèle vert « Jensen California Sage », c’est l’histoire d’un passionné de voitures atypiques, Tanguy, qui savoure sa Jensen depuis début novembre après six années d’une longue restauration, qui a elle seule fera l’objet d’un article prochainement.

Aujourd’hui, quand on évoque Jensen, on pense immédiatement à ce modèle. Une voiture courtisée par les stars de l’époque. Sean Connery, Tony Curtis ou encore John Bonham de Led Zeppelin se sont affichés avec. Un style iconique, qui a fait quelques apparitions dans la culture populaire avec la série le Saint en 1989, Gone in 60 seconds, en 1974. Récemment Fast and Furious 6 et la pub Café Royal avec Robbie Williams de 2015, ont redonné de l’intérêt à l’Interceptor. Un design mélangeant les genres entre break et GT traditionnelle avec son long capot. La bulle en verre caractéristique est signée Vignale. Personnellement, j’adore. Des dimensions généreuses (4,724 m de long pour 1,752 m de large) qui en font une véritable GT, capable d’accueillir quatre personnes et leurs bagages confortablement.

C’est définitivement à l’intérieur que l’esprit british se fait ressentir avec des sièges tapissés de cuir Connolly couleur crème, une large planche de bord dotée de nombreux manomètres à la finition exemplaire et un tunnel de transmission massif qui donne un effet cocon. Une voiture où on se sent bien, relaxé par un habitacle baigné de lumières.

Anglaise, Italienne et Américaine

Un mélange des cultures qui ne s’arrête pas là avec un bout d’Amérique pour la motorisation. Comme sur d’anciens projets, Jensen fait appel à Chrysler. Contrairement à la Mark I et II, qui adoptaient le V8 6.3, la Mark III, à partir de mai 1972, opte pour le 7.2 de 284 ch permettant de propulser la voiture à plus de 215 km/h. Un moteur peut-être pas très noble, mais conforme à l’esprit GT qui ne cherche pas le caractère sportif pur, mais simplement la possibilité de se déplacer rapidement dans le confort. Ce V8 à la forte cylindrée permet donc une belle élasticité et un couple nécessaire pour propulser les 1885 kg de la bête. Il aurait pu être aisément chahuté comme dans un Muscle Car, mais ici, il s’apprécie en conduite souple avec la boîte automatique trois vitesses préhistorique. Une conduite sur le fil qui permet d’apprécier le voyage, de profiter du glouglou des 8 cylindres et surtout, de se concentrer au placement de la voiture sur la chaussée avec son volant à droite. Une Anglaise qui mélange traditions et modernités. Modernités avec des options luxueuses telles que la direction assistée, la climatisation et la stéréo ou encore la présence de quatre freins à disques. La tradition avec un essieu arrière rigide, ce qui lui vaut un comportement à l’ancienne entre flou dans la direction et dose de roulis. Malgré les freins à disque, il faut mieux anticiper les différentes intersections à cause de son poids. Une voiture qui ne se maltraite définitivement pas dans cette configuration. Dommage de ne plus avoir de boîte mécanique sur cette dernière version…

0
Puissance (ch)
0
Couple (Nm)
0
Poids en marche (Kg)

V8 7.2 L Carburateur

BVA 3

Propulsion

Avant-garde

Pour revenir un peu à l’histoire, Jensen fut le premier constructeur à introduire une transmission intégrale sur une voiture de série autre qu’un 4×4. La Jensen FF était visionnaire. Plus précisément, la transmission a été inventée par le constructeur de tracteur Massey-Ferguson qui souhaitait développer une telle innovation pour améliorer la sécurité des voitures de route. Pour prouver son efficacité, ils engagèrent une F1 pour la saison 1961 pilotée par Stirling Moss et Jack Fairman. La technologie a attiré l’un des deux frères Jensen, qui a souhaité à tout prix l’installer sur un modèle de série. Un modèle avant-gardiste, très technologique qui abritait aussi le premier système d’ABS, le Dunlop Maxaret alors destiné à l’aviation. Cette FF était le summum de la GT technologique, luxueuse et performante. Un break de chasse luxueux, quatre places, quatre roues motrices et qui va vite, ça ne vous rappelle pas une certaine Ferrari FF ? Un nom tout trouvé…

La fin du succès

La suite ne sera pas très longue avec un inédit cabriolet nommé Jensen-Healey en 1972, qui devient ensuite la Jensen GT aussi proposée en une très rare version break de chasse, en 1975 (300 ex. environ). Les difficultés liées au choc pétrolier et la mauvaise fiabilité du dernier modèle entraînent l’entreprise à la faillite en 1976.

Modèle le plus vendu, l’Interceptor fait vivre une réelle communauté de passionnés à travers le monde par le biais, notamment, du Jensen Owners Club. Une voiture melting pot qui reste pourtant bien british dans l’âme en représentant toute la gloire de l’industrie britannique de la sortie de la Guerre, qui a produit des icônes que l’on évoque toujours aujourd’hui. Pourtant, Jensen symbolise aussi la débâcle des constructeurs britanniques mis à mal par les chocs pétroliers et la fiabilité hasardeuse. Une sacrée voiture, très rare sur nos routes !

Remerciements

Merci infiniment à Tanguy, pour les échanges passionnants et pour la découverte de cette rareté !

Design 

Confort

Prestige

Exclusivité 

Couple du V8

Poids 

Boîte de vitesses

Freinage 

100%
Degré de plaisir de conduite

Bielle & Piston,

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