ESSAI JAGUAR F-TYPE SVR : UNE ESPÈCE RARE

Aujourd’hui décriée, hier adulée, l’automobile est toujours au centre des débats et des conversations. Les détracteurs vont voir à travers cet objet, tous les vices de l’humanité, pollution, vitesse, étalage de son statut social. Mais pour pouvoir juger encore faut-il avoir toutes les cartes entre ses mains.

Ce que j’aime avec l’automobile, et ce n’est pas pour rien qu’on est nombreux à s’y intéresser, c’est la conduite qui est une expérience unique au monde et qu’on ne retrouvera surement plus jamais, une fois que la voiture telle qu’on la connaît aura disparu. Mais ce que j’aime encore plus, c’est la passion et le partage que ce milieu peut amener. Rencontrer des gens par hasard et échanger de longues heures sur un sujet qui nous réunit tous ici. Les réfractaires oublient souvent ce lien social et ces moments simples de la vie que peut amener la voiture.

Le partage, c’est ce qui m’a amené à prendre le volant de cette superbe Jaguar F-Type SVR. Amateur depuis la première heure de ce modèle, je suis tombé un jour sur un compte Instagram récemment créé : MrSVR. Le nom est évocateur, je ne peux qu’aimer. Un message privé pour féliciter l’achat de ce félin et la discussion commença. De longues semaines où on a échangé non seulement sur le choix de cette voiture mais aussi sur d’autres modèles avec chacun ses points de vue et ses expériences. Enrichissant, passionnant. Un concours de circonstances fait que je devais monter à Paris pour travailler, ce qui m’a permis de transformer l’échange en rencontre.

Rendez-vous pris un dimanche ensoleillé dans la Vallée de Chevreuse pour découvrir de plus près la Jag’. On ne s’était jamais vu, ni d’Eve, ni d’Adam, mais la confiance avait su s’installer et chacun était présent au moment venu.

Moteur et action

Les présentations faites il était temps de découvrir les recoins de la vallée. Clef en poche, pieds sur le frein, pression sur le bouton start, le moteur rugit. Ce son, je ne m’en lasserai jamais. Comment une telle sonorité peut-elle avoir été homologuée pour la route ? Le mystère reste entier mais on remercie infiniment les ingénieurs qui nous ont greffé une ligne titane permettant de gagner 25 kg et de signer l’un des sons les plus marquants pour un V8 de cette trempe. Un son qui mélange des tonalités américaines avec son compresseur mais aussi le côté rauque d’un ancien V8 et les artifices qu’on peut retrouver sur des moteurs allemands d’aujourd’hui. Certains diront que les déflagrations sont exagérées ou que ça fait kéké, peut-être, mais c’est ce qui rend l’auto unique et on profite même à faible allure grâce à cette bande son théâtrale. Aujourd’hui, avec les limitations, c’est plus qu’essentiel !

Vous le savez peut-être mais ce n’est pas la première fois que je prends le volant d’une SVR, c’est même ma troisième. Mais jamais je n’avais essayé la phase 2 qui se reconnaît à ses phares full LED à l’avant. Mais il est vrai que c’est sensiblement le seul changement effectué, la mécanique n’étant pas touchée. Mais qu’importe, elle est très bien comme elle l’est.

Le joyau de la couronne

C’était donc un essai un peu différent des autres fois où il s’agissait surtout de découvrir la région tout en redécouvrant les atouts de ce coupé. Quelle belle découverte se fut de découvrir un coin de campagne à 30 minutes de Paris. Une véritable bouffée d’oxygène qui prend des accents britishs par endroits, notamment vers l’Abbaye des Vaux de Cernay, ce qui sied parfaitement à la F-Type. Cette dernière est la première digne descendante de la Type E en y faisant référence explicitement. D’autant plus vraie avec la version V6, l’affiliation se retrouve non seulement dans la forme générale avec le long capot et les hanches galbées mais aussi par la position de l’échappement et les feux réinterprétés. Le concept C-X16 avait même un coffre qui s’ouvrait comme sur la Type E S1 mais c’est finalement une ouverture classique qui a été retenue. Dommage mais l’esprit de la Type E, se retrouve aussi par son positionnement sur le marché, bien plus accessible que ses concurrentes, elle offre un excellent rapport qualité / performances / prix et sur le marché de l’occasion ça l’est encore plus avec une décote soutenue permettant de trouver des versions V8 R fortes de 550ch pour 60 000€.

Mais nous nous égarons, cette SVR est pour moi, un gentleman anglais qui a enfilé ses habits de sports. Le baby Aston, dessinée par le célébrissime Ian Callum, adopte un aileron à deux positions, un diffuseur modifié, des nouvelles extractions d’air au niveau des passages de roue avant et un pare-chocs inédit. Pour accentuer la sportivité il est possible d’opter pour des freins carbones céramiques et un pack carbone. Si les premiers sont absents sur notre modèle, le pack est bien présent et nous gâte même du toit carbone, option assez rare permettant d’abaisser le centre de gravité. Le design est unique et mélange à la fois l’élégance et la sportivité, un futur classique en somme.

Si l’extérieur permet de retrouver l’ADN Jaguar, on ne peut pas en dire autant de l’intérieur. Fini les boiseries et cuirs luxuriants au charme so british, place à une finition moderne teintée de noire mais qui ne lésine pas sur les matériaux nobles pour autant. Alcantara, carbone et cuir se disputent la place de qui couvrira la plus grande surface. Si on peut regretter ce manque de charme à l’anglaise, l’intérieur met l’accent d’une part sur le sport, avec les gros compteurs et la barre de maintien du côté passager et d’autre part, sur le grand tourisme avec le luxe omniprésent. Le dessin n’est pas forcément le plus personnel qui soit mais il a le mérite de faire le job et de garder des spécificités à la Jaguar comme les aérateurs centraux cachés dans le tableau de bord en position off.

Mais une Jaguar n’est-elle pas une voiture qui doit se distinguer de la masse ? Assurément, la faible diffusion de la marque a toujours permis de se distinguer. Peu de gens connaissent le modèle et sont toujours étonnés de savoir que c’est une Jaguar. Et cette F-Type fait tourner les têtes, même dans la Vallée, où les gens sont habitués à voir toute sorte de voiture exotique.

Un jaguar en liberté

Revenons un peu plus en détails sur le lieu de notre essai. Le parc de la Haute Vallée de Chevreuse est le premier parc naturel régional d’Ile-de-France créé officiellement en 1985 afin de préserver l’endroit de l’étalement urbain. Ainsi l’objectif est de préserver le côté rural. Qui dit campagne dit forcément routes sinueuses. Ce n’est pas pour rien que différents rallyes passent par là et qu’on croise autant de voitures de sport, mais les nombreux abus font qu’aujourd’hui, la police est fortement présente sur les lieux. Certes il existe encore des coins reculés connus seulement des connaisseurs mais il s’agissait pour moi de découvrir pour la première fois cet endroit. Une découverte touristique à bord de la Jaguar la plus puissante qui n’ait jamais existée jusqu’à l’apparition de la très exclusive XE Project 8. Le fameux V8 compresseur cubant à 5.0L développe 575ch. Ces chevaux je peux vous dire qu’ils galopent. Le couple gargantuesque de 700 Nm permet une élasticité en utilisation normale et une force brutale quand on le taquine un peu. La boîte auto ZF à 8 rapports qui se comporte très bien en mode manuel s’y marie parfaitement. Ce moteur est vraiment plein comme un œuf et comme j’ai pu le voir lors d’un essai sur circuit, le compteur défile rapidement. Mais ici ce n’est pas l’objectif, juste profiter de ce qu’offre la voiture à allure dynamique. Il ne faut pas oublier qu’une Jaguar est avant tout faite pour voyager rapidement tout en prenant du plaisir. Et cette F-Type ne déroge pas à la règle avec un châssis sain qui communique bien.

Le poids de l’auto est l’un de ses plus gros défauts alors même que son gabarit est compact et que sa structure est en aluminium. Les réglages adoptés, même avec le mode dynamique de la suspension adaptative, cumulés avec ce poids, permettent d’avoir une voiture vraiment vivante, les transferts de masses étant décuplés. L’accélération, le freinage et les virages rapides laissent ressentir les appuis et participent au plaisir de conduite. Sur circuit ce n’est pas avec cette recette que l’on va décrocher le meilleur temps au tour, il aurait fallu une meilleure maitrise des mouvements de caisse, mais sur la route c’est agréable.

Mais comme un jaguar en plein milieu de la savane, il faut savoir la maitriser. Même si elle est dotée d’une transmission intégrale, celle-ci est typée propulsion et la voiture reste joueuse. Elle est très bien calibrée avec les avantages de cette transmission sans les inconvénients en matière de comportement. A l’approche d’un virage, le poids oblige à anticiper un peu le freinage quand bien même les disques, de 380 mm à l’avant et 376 mm de diamètre à l’arrière, restent suffisamment efficaces. A l’attaque, l’embonpoint sur le train avant est annihilé par le différentiel électronique à glissement limité. Elle est très agréable à rouler dans le sinueux mais on sent que le poids pourra être problématique sur les portions très exiguës. C’est une voiture bien née avec des liaisons au sol de haute volée et qui dispose de tout l’attirail technologique pour rouler en toute sécurité dans un cocon à la fois confortable et sportif.

Un plaisir partagé

Le partage aura donc été encore une fois le thème de la journée. Cette Jaguar n’est pas avare en sensations et partage avec vous, tous ses atouts de GT survitaminée : fougueuse, brutale, sonore tout en étant raffinée quand il le faut. Une main de fer dans un gant de velours, un boxeur en smoking. A n’en pas douter seuls les anglais arrivent à allier le raffinement et la sportivité. Cette Jaguar a vraiment du sang Aston Martin dans ses injecteurs. Une auto qui reste atypique par son positionnement et qui s’approche de ce qui se fait outre-Atlantique en proposant beaucoup de prestations pour un prix correct. Ne serait-elle pas la Corvette Anglaise ? Peut-être mais elle garde indéniablement l’élégance britanique. Une journée comme elle ne pouvait pas se terminer sans un dernier moment de convivialité autour d’un verre à échanger encore et toujours sur le même sujet. C’est en passant une journée comme celle-ci que je sais pourquoi j’ai créé ce site et encore une fois ce fut une journée riche en rencontres. Merci beaucoup au propriétaire pour cette journée !

By Piston,

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