BMW M5 vs Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio : le choc des pionniers

Dans l’histoire de l’automobile, deux constructeurs ont véritablement inventé et incarné l’essence même de la berline sportive : BMW et Alfa Romeo. Si la première BMW M5 a créé le segment en 1985, il serait injuste d’oublier qu’Alfa Romeo avait déjà posé les bases de ce concept dès les années 1960 avec ses Giulia Ti. Aujourd’hui, nous confrontons deux interprétations contemporaines de cette philosophie : la BMW M5 F90 dans sa splendide livrée Snapper Rocks Blue et l’Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio en bleu Monte Carlo. Deux visions, deux cultures automobiles, une même promesse : conjuguer performances extrêmes et usage quotidien.

L'héritage : quand les légendes écrivent l'histoire

BMW et Alfa Romeo partagent une histoire commune, celle d’avoir osé transformer la berline familiale en arme de circuit. L’Alfa Romeo Giulia originale des années 1960, notamment dans sa déclinaison Ti, a démontré qu’une quatre portes pouvait briller en compétition, en remportant le Championnat allemand des voitures de tourisme en 1963. BMW reprendra ce flambeau en 1985 avec la première M5 E28, équipée du six-cylindres de la supercar M1. Ces deux marques ont ainsi créé un nouveau segment, celui des super-berlines, où la praticité d’une quatre portes se marie à des performances de sportive pure.

Design : L'élégance latine face à la puissance germanique

La première confrontation se joue sur le terrain du style. Notre Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio en bleu Monte Carlo affiche une élégance racée typiquement italienne. Ses lignes fluides et organiques évoquent le mouvement même à l’arrêt. La calandre triangulaire typique, le capot ajouré, les bas de caisse sculptés en carbone et le diffuseur sportif affichant les quatre sorties d’échappement composent un ensemble harmonieux.

Face à elle, la BMW M5 F90 en Snapper Rocks Blue adopte une posture plus imposante. Avec près de 5 mètres de long et une présence visuelle affirmée, elle n’hésite pas à montrer ses intentions. Son style est assez proche d’une Série 5 pack M. Elle se reconnait grâce à son assise plus basse, son pare-chocs avant sculpté et son diffuseur arrière intégrant les quatre sorties d’échappement, signature des M depuis la fin des années 1990. La M5 se veut autant à l’aise devant un palace qu’en paddock.

Habitacle : le raffinement technologique contre la passion artisanale

À bord de la BMW M5, l’habitacle se révèle spacieux, luxueux et bardé de technologies. Les sièges sport enveloppants offrent un maintien exemplaire, la position de conduite est parfaite. L’écran central de 10,25 pouces, l’affichage tête haute, la climatisation quatre zones, le système audio Harman Kardon : tout est pensé pour le confort et la connectivité moderne. Les deux boutons M rouges sur le volant permettent de basculer instantanément entre différentes configurations de conduite personnalisables. On se sent dans un véritable cockpit premium où chaque fonction est à portée de main. Le sentiment d’être aux commandes d’une machine sophistiquée est permanent.

L’intérieur de l’Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio, tout en noir dans notre exemplaire, adopte une approche plus épurée mais non moins qualitative. Les matériaux sont nobles, le cuir est omniprésent, et le volant carbone à méplat procure immédiatement l’envie de conduire. Si l’équipement technologique est complet, il reste plus discret, moins démonstratif. L’Alfa mise davantage sur l’émotion que sur la démonstration technique. Les sièges baquets offrent un maintien remarquable. Le bouton DNA sur la console permet de choisir entre les modes Dynamic, Natural, Advanced Efficiency et Race qui transformant instantanément le caractère de la voiture.

Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio

0 à 100 km/h (s)
0
Puissance (ch)
0
Couple (Nm)
0
Poids en marche (Kg)
0

V6 2.9 biturbo

BVA8

Propulsion

BMW M5

0 à 100 km/h (s)
0
Puissance (ch)
0
Couple (Nm)
0
Poids en marche (Kg)
0

V8 4.4 biturbo

BVA8

M xDrive

Mécanique : deux philosophies, un même objectif de performance

Sous le capot de la BMW M5 F90 rugit le célèbre V8 4.4 litres biturbo M TwinPower développant 600 chevaux et 750 Nm de couple. Cette mécanique représente l’aboutissement de décennies de développement par la division Motorsport. Associée à la boîte automatique M Steptronic à 8 rapports à convertisseur de couple ZF, elle propulse les deux tonnes de la berline bavaroise de 0 à 100 km/h en seulement 3,4 secondes. La barre des 200 km/h est franchie en 11,1 secondes, et la vitesse maximale atteint 305 km/h avec l’option débridage. Ces chiffres placent la M5 au niveau des supercars les plus performantes, le tout dans un véhicule offrant un coffre de 530 litres et pouvant transporter cinq adultes dans le confort.

L’innovation majeure de cette génération F90 réside dans sa transmission M xDrive à quatre roues motrices, une première pour une M5. Ce système intelligent favorise la propulsion tout en offrant la possibilité de basculer en mode 4WD Sport pour plus de dynamisme, ou même en pur propulsion (2WD) pour les puristes qui veulent sentir la machine glisser sans aucune aides électroniques. Cette polyvalence permet d’exploiter les 600 chevaux en toutes circonstances, par tous les temps.

En face, l’Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio propose une approche diamétralement différente avec son V6 biturbo de 2.9 litres développant 510 chevaux et 600 Nm de couple. Ce moteur, développé conjointement avec Ferrari, constitue le cœur battant de la berline italienne. Moins puissant que le V8 allemand sur le papier, il compense par un poids bien inférieur : environ 1 655 kg contre plus de 1 900 kg pour la M5. Le rapport poids/puissance s’en trouve ainsi rééquilibré. Le 0 à 100 km/h est abattu en 3,9 secondes, et la vitesse maximale atteint 307 km/h.

La transmission intégrale est absente chez l’Alfa Romeo, qui reste fidèle à la propulsion pure, assistée d’un différentiel arrière à glissement limité actif Torque Vectoring. La boîte automatique ZF à 8 rapports assure des passages de vitesses d’une rapidité exemplaire, particulièrement en mode Race.

Sur la route : l'opposition des caractères

Au volant de la BMW M5 en mode confort, on découvre une voiture étonnamment docile. La suspension pilotée gomme les imperfections de la route, le V8 ronronne discrètement, et l’on pourrait presque oublier que l’on conduit l’une des berlines les plus performantes au monde. La M5 se révèle une voyageuse exceptionnelle, capable d’avaler les kilomètres d’autoroute dans un confort royal. Les cinq passagers voyagent dans un cocon feutré, et le coffre généreux permet les longs trajets sans compromis.

Il suffit d’actionner le bouton M rouge pour transformer radicalement le caractère de la bête. Les clapets d’échappement s’ouvrent, libérant une symphonie grave et puissante. Le V8 prend de la voix, multipliant les pétarades à chaque rétrogradage. La suspension se raffermit, la direction devient plus directe, et soudain, les deux tonnes semblent s’évaporer. Sur route sinueuse, la M5 démontre une agilité déconcertante pour son gabarit. Le train avant mord avec précision, sans sous-virage, tandis que l’arrière peut être sollicité pour enrouler les virages avec une facilité déconcertante.

La transmission M xDrive fait merveille, gérant la puissance avec une intelligence redoutable. En mode 4WD Sport, on peut provoquer quelques glissades contrôlées qui rendent la conduite ludique sans jamais perdre la maîtrise. Et pour les plus téméraires, le mode 2WD pur propulsion transforme la M5 en véritable driftmachine, capable de brûler ses gommes avec la rage d’une muscle car américaine. Le freinage, assuré par des disques de 396 mm à l’avant et 381 mm à l’arrière avec étriers à 6 pistons, offre une puissance et une endurance remarquables.

L’Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio adopte une personnalité radicalement différente. Même en mode Natural, elle ne cache pas ses ambitions sportives. Le moteur se montre plus bavard, la suspension plus ferme, la direction incroyablement directe. Dès les premiers virages, on comprend que l’Alfa a été conçue pour procurer du plaisir au conducteur avant toute chose. Le V6 Ferrari chante une mélodie enivrante jusqu’à 7 000 tr/min, mélange d’aigus et de graves qui fait vibrer les tympans et accélère le rythme cardiaque.

Sur route sinueuse, la Giulia QV révèle son génie. Avec 250 kg de moins que la M5, elle se montre d’une vivacité hallucinante. La direction, parmi les plus précises du marché, transmet chaque information de la route avec une clarté cristalline. Le châssis parfaitement équilibré 50/50 permet des changements d’appui instantanés, et le différentiel actif assure une motricité optimale en sortie de virage. L’Alfa se place où l’on veut, quand on veut, avec une docilité qui confine à la télépathie entre l’homme et la machine.

En mode Race, la Giulia se transforme en pur-sang de course à peine domestiqué. Les passages de rapports deviennent brutaux, le moteur hurle sans retenue, et la voiture semble constamment sur la pointe des pieds, prête à bondir au moindre effleurement de l’accélérateur. C’est viscéral, intense, addictif. Le freinage offre un mordant et une résistance à l’échauffement excellent.

Le verdict : quelle interprétation de la berline sportive ?

Comparer la BMW M5 F90 et l’Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio, c’est confronter deux visions du même rêve automobile. La BMW incarne la super-berline ultime dans sa définition moderne : puissance démesurée, technologie de pointe, polyvalence totale. Elle peut transporter la famille en vacances le lundi, servir de limousine d’affaires le mardi, et dévorer un circuit le week-end avec la même aisance. C’est un couteau suisse, le dernier V8 thermique pur de l’histoire de la M5, probablement la génération la plus aboutie avant le passage à l’hybridation.

L’Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio répond différemment à la question, étant d’un segment inférieur. Elle privilégie l’émotion brute, le plaisir de conduite dans sa forme la plus pure. Moins puissante sur le papier, elle compense par une légèreté relative et un châssis d’orfèvre qui la rendent incroyablement joueuse. C’est une voiture qui s’adresse directement au cœur du conducteur passionné, qui parle le langage universel de la sportivité à l’italienne : du sentiment, de la passion, de l’âme.

Remerciements

Merci à BMW Pelras pour le prêt de la M5 ainsi qu’à Cédric pour la Giulia. 

BMW

Performances

Sonorité

Confort

Polyvalence

Mythe

M xDrive

 

Alfa Romeo

Design 

Agilité

Freinage

Sonorité

Légèreté 

 

BMW

Freinage

Poids

Alfa Romeo

Quelques détails de finition

Absence de mode Individual

100%
Degré de plaisir de conduite

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