Les 10 et 11 juin 2023, le Circuit de la Sarthe a vibré pour célébrer un siècle d’histoire, de passion et d’innovation automobile. L‘édition du centenaire des 24 Heures du Mans a été bien plus qu’une simple course : elle a incarné l’essence même de l’endurance automobile, avec un plateau d’exception et des célébrations à la hauteur de ce mythe sportif.
Tout a commencé les 26 et 27 mai 1923. Sur un circuit de 17 kilomètres, 33 voitures prirent le départ de ce qui allait devenir la plus grande course d’endurance au monde. La Chenard & Walcker Sport #9 d’André Lagache et René Léonard ouvrit le palmarès, posant les fondations d’une légende qui allait traverser le siècle.
Georges Durand, Charles Faroux et Émile Coquille, réunis sous la verrière du Grand Palais en 1922, imaginaient-ils que leur création deviendrait un tel symbole ? Cent ans plus tard, leur vision s’est transformée en une institution mondiale, un laboratoire d’innovations automobiles et un spectacle inégalé qui attire des centaines de milliers de spectateurs venus du monde entier.
L’édition 2023 s’est déroulée à guichets fermés, une première dans l’histoire moderne de l’épreuve. Dès décembre 2022, toutes les places en tribunes et aires d’accueil étaient vendues, cinq mois avant la date habituelle. Au final, environ 300 000 spectateurs ont convergé vers la Sarthe pour assister à cet événement unique, générant une activité économique estimée à 72 millions d’euros pour le département.
Vendredi 9 juin 2023, 14 heures. Le centre-ville du Mans s’est transformé en une véritable cathédrale du sport automobile. La Grande Parade des Pilotes, exceptionnellement avancée à 14h au lieu de 17h, a rassemblé plus de 150 000 personnes le long du parcours de 4,5 kilomètres.
Les 186 pilotes engagés dans la course ont défilé à bord de véhicules historiques, offrant un spectacle unique orchestré par Classic Automotive en partenariat avec l’Automobile Club de l’Ouest. Parrainée par Pierre Fillon, président de l’ACO, et Tom Kristensen, détenteur du record de neuf victoires au Mans, cette parade était bien plus qu’un simple défilé.
Des orchestres, des supercars, des voitures mythiques du cinéma et des légendes vivantes du sport automobile se sont succédé dans les rues mancelles, sous les acclamations d’une foule en liesse.
Georges Durand, Charles Faroux et Émile Coquille, réunis sous la verrière du Grand Palais en 1922, imaginaient-ils que leur création deviendrait un tel symbole ? Cent ans plus tard, leur vision s’est transformée en une institution mondiale, un laboratoire d’innovations automobiles et un spectacle inégalé qui attire des centaines de milliers de spectateurs venus du monde entier.
Après la parade en ville, les festivités se sont poursuivies sur le circuit lui-même. À partir de 15h, l’opération « Le public en piste » a permis aux spectateurs de fouler l’asphalte légendaire des 24 Heures à pied, à vélo, en trottinette ou en rollers.
Mais le moment le plus magique s’est déroulé entre 19h et 21h sur la ligne droite des stands : la Célébration du Centenaire. 86 voitures authentiques – 65 gagnantes et 21 voitures marquantes – ont été alignées dans une configuration « Départ Le Mans », offrant une vision spectaculaire de cent ans d’évolution automobile.
Bentley, Alfa Romeo, Ferrari, Porsche, Matra, Toyota… Toutes les légendes étaient présentes. Et à leurs volants, des noms gravés dans l’histoire : Tom Kristensen, Jacky Ickx (six victoires), Derek Bell, Gérard Larrousse… Ces pilotes ont reconstitué un départ traditionnel type Le Mans, Jacky Ickx marchant jusqu’à sa Porsche 936 de 1977 en sifflotant, comme il l’avait fait en 1969 en signe de protestation.
À 19h, la Patrouille de France a survolé le circuit, suivie par une série de départs au drapeau français. Le rugissement des V12 Ferrari, des moteurs diesel Audi, du quadrirotor Mazda ou du V12 BMW a résonné jusqu’au virage de Dunlop, créant une symphonie mécanique inoubliable.
La soirée s’est prolongée avec un concert de Bob Sinclar à partir de 20h, puis, à 23h, un show nocturne grandiose combinant vidéos, pyrotechnie et un spectacle de drones retraçant cent ans d’histoire automobile.
L’édition 2023 a marqué une révolution réglementaire avec l’introduction des Hypercars (LMH et LMDh) en remplacement des LMP1. Cette nouvelle catégorie a permis le retour de constructeurs majeurs en catégorie reine, créant le plateau le plus relevé depuis des décennies.
Sept constructeurs se sont affrontés pour la victoire : Toyota (quintuple vainqueur en titre), Ferrari (de retour après 50 ans d’absence), Porsche (19 victoires au compteur, record historique), Peugeot (sa première participation en Hypercar avec la 9X8 au design révolutionnaire), Cadillac (le retour américain), Glickenhaus (le petit poucet privé américain), et Vanwall (l’équipe privée britannique).
Au total, 17 Hypercars, 23 LMP2 et 22 voitures en catégorie LMGTE (Am et Pro) ont pris le départ, portant à 62 le nombre total de voitures engagées.
Une innovation notable : la catégorie « Garage 56 » a accueilli une Chevrolet Camaro ZL1 de NASCAR, fruit d’un partenariat entre la NASCAR, Hendrick Motorsports, Chevrolet et Goodyear. Cette voiture, quasiment identique à celles participant aux NASCAR Cup Series mais équipée de phares, d’un réservoir agrandi et de freins carbone, symbolisait l’esprit d’innovation cher aux 24 Heures.
Samedi 10 juin, 16h00. LeBron James, légende de la NBA, a donné le départ de cette 91e édition, devant des tribunes combles et une atmosphère électrique.
Phase 1 : Le chaos initial (16h – minuit)
Dès le départ, la météo capricieuse a semé le chaos. La pluie s’est invitée aux Hunaudières vers 18h43, transformant la stratégie en jeu d’échecs à grande vitesse. Les équipes ont dû décider rapidement entre pneus slicks et pneus pluie.
Peugeot a brillé dans ces conditions. Loïc Duval, sur la 9X8 #94, s’est parfaitement adapté à la piste détrempée et a pris la tête peu après 19h, faisant rugir la foule. Un moment de grâce pour le Lion français qui menait les 24 Heures du Mans, justifiant sa présence parmi les géants.
Toutes les Hypercars majeures se sont relayées en tête : Ferrari, Toyota, Porsche, Peugeot et même Cadillac ont connu leur moment de gloire. La Balance des Performances (BoP), modifiée juste avant la course et pénalisant notamment Toyota, Ferrari, Cadillac et Porsche, avait créé une égalité spectaculaire.
Mais le premier coup de théâtre survint peu après minuit. Kamui Kobayashi, au volant de la Toyota GR010 Hybrid #7 (l’une des grandes favorites), fut impliqué dans un carambolage avec plusieurs LMP2 peu avant le Tertre Rouge. Percuté à l’arrière gauche, il tenta désespérément de redémarrer le moteur thermique, sans succès. L’abandon était consommé. Le dernier abandon d’une Toyota au Mans datait de 2017.


























Phase 2 : Le duel Ferrari-Toyota (minuit – 10h)
Avec l’élimination de la Toyota #7, la course se cristallisa autour d’un duel intense entre la Ferrari 499P #51 d’Alessandro Pier Guidi, James Calado et Antonio Giovinazzi, et la Toyota GR010 Hybrid #8 de Sébastien Buemi, Brendon Hartley et Ryō Hirakawa.
Alessandro Pier Guidi, impressionnant de constance et de vitesse, prit progressivement l’ascendant. La Ferrari #51 construisit son avance tour après tour, profitant d’une fiabilité exemplaire et d’une stratégie millimétrée.
La nuit fut le théâtre de multiples rebondissements. Les Peugeot rencontrèrent des problèmes hydrauliques. Gustavo Menezes commit une erreur surprenante avec la #94 dans la première chicane. Les Porsche, malgré leur vitesse, accumulèrent du retard. Les Cadillac, parties avec des ambitions, souffrirent de divers pépins techniques.
Phase 3 : Le sprint final (10h – 16h)
Au matin, la situation était claire : Ferrari #51 en tête, Toyota #8 en chasse. Mais la course n’était pas finie.
Vers 11h30, coup de tonnerre : la Toyota #8 de Brendon Hartley tapa le mur à Arnage. Les mécaniciens durent effectuer des réparations précipitées, permettant à la Ferrari de s’envoler définitivement vers la victoire.
Dernière frayeur à moins de trente minutes de l’arrivée : après un ravitaillement, la Ferrari #51 refusa de redémarrer. Quelques secondes interminables s’écoulèrent. L’équipe, les spectateurs, le monde entier retint son souffle. Puis, finalement, l’Hypercar italienne repartit, conservant son avance.
Dimanche 11 juin, 16h00. La Ferrari 499P #51 franchit la ligne d’arrivée après 342 tours, soit seulement 4 624 kilomètres (le plus faible kilométrage depuis 22 ans, en raison des nombreuses neutralisations).
58 ans. C’était le temps écoulé depuis la dernière victoire de Ferrari au Mans en 1965, avec la 250 LM de Masten Gregory et Jochen Rindt. Après un demi-siècle d’absence en catégorie reine, le Cheval Cabré revenait en maître.
Alessandro Pier Guidi, James Calado et Antonio Giovinazzi ont inscrit leur nom au palmarès de la plus grande course d’endurance du monde, offrant à Ferrari sa 10e victoire globale au Mans (après 1949, 1954, 1958, 1960, 1961, 1962, 1963, 1964 et 1965).
Sur le podium, l’hymne italien résonna sous les applaudissements. La Scuderia remportait le trophée unique du Centenaire, créé spécialement par la Monnaie de Paris pour cette édition historique.
Le podium final
Ferrari plaça également sa #50 (Fuoco/Molina/Nielsen) en cinquième position, confirmant la supériorité de la 499P.
Les équipes américaines Glickenhaus obtinrent les sixième et septième places avec beaucoup moins de moyens, un exploit remarquable. Peugeot (#94 avec di Resta/Jensen/Vergne) termina huitième, et Porsche dut se contenter d’une décevante neuvième place avec la #5 (Cameron/Christensen/Makowiecki).
Les 24 Heures du Mans 2023 resteront dans l’histoire comme l’une des plus grandes éditions de tous les temps. Non seulement pour sa dimension symbolique – cent ans ! – mais aussi pour la qualité sportive exceptionnelle, le spectacle grandiose et l’émotion qui a parcouru toute la semaine.
Ferrari a écrit une nouvelle page de légende en mettant fin à 58 ans d’attente. Toyota a vu sa série de cinq victoires consécutives s’arrêter mais a livré une belle bataille. Les autres constructeurs ont tous eu leur moment de gloire, prouvant que l’équilibre créé par le nouveau règlement Hypercar fonctionnait à merveille.
Pour les 300 000 spectateurs présents, pour les millions de téléspectateurs dans le monde, pour tous les passionnés d’automobile, ce centenaire fut bien plus qu’une course : ce fut une célébration de la passion, de l’innovation, de l’endurance humaine et mécanique.
Rendez-vous est déjà pris pour les prochaines éditions, avec l’espoir de revivre des émotions aussi fortes. Car comme le disent si bien les aficionados : « Il n’y a qu’un Mans. »
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